Hôtels à insectes : prudence !!!

Comment éviter que votre hôtel à insectes ne devienne un garde-manger pour pics et sittelles et menace, à terme, la survie des osmies.

L’écologisme est souvent source de fausses bonnes idées… Souvenez-vous de l’introduction des coccinelles asiatiques, sensées suppléer nos coccinelles indigènes dans la lutte biologique contre les pucerons. Les belles asiatiques, beaucoup plus voraces, n’ont pas tardé à affamer les coccinelles indigènes, jusqu’à les faire peu à peu disparaître en occupant leur niche écologique. Mais les belles asiatiques sont tellement goulues que quand les pucerons commencent à manquer, elles se tournent vers les cultures qu’elles devaient en principe protéger et deviennent dévoreuses de fruits. Ce que ne font jamais les coccinelles indigènes. Très mauvaise bonne idée, donc, que cette introduction.

La très mauvaises fausse bonne idée actuelle est l’encouragement à poser des hôtels à insectes, essentiellement occupés par des abeilles sauvages, les osmies en particulier. Les osmies sont de bien meilleurs pollinisateurs que les abeilles domestiques, mais elles disparaissent dramatiquement des campagnes, par la faute notamment de l’utilisation de certains pesticides. Jusqu’il y a peu, elles résistaient mieux dans les villes car l’utilisation des pesticides y était moindre. Mais la donne change, et dans les villes aussi, les populations d’osmies commencent à souffrir. À cause, à nouveau, de deux très mauvaises fausses bonnes idées écologiques.
La multiplication effrénée des ruches urbaines, tout d’abord. C’est très tendance aujourd’hui. Jusque sur le toit des bureaux et entreprises, greenwashing oblige. Et cette soudaine explosion de la populations d’abeilles domestiques dans les villes prive les abeilles sauvages de nourriture, elles qui pourtant sont bien meilleures pollinisatrices mais qui, malheureusement pour elles, ne produisent pas de miel.
Deuxième très mauvaise fausse bonne idée pourtant elle aussi très tendance, la multiplication à outrance d’hôtels à insectes hélas mal conçus car pensés par des gens qui ignorent tout de la nature même s’ils ne sont pas avares en « bons » conseils écologiques.
Naturellement, les abeilles sauvages pondent dans des anfractuosités, abondantes dans une nature encore sauvage mais plus rares dans une nature domestiquée. Et là, on leur offre de véritables HLM dans lesquels elles se précipitent. Mais dans la nature, leurs loges sont discrètes et peu accessibles aux prédateurs. Tout le contraire des hôtels à insectes, repérables de loin et très faciles à piller par les prédateurs, dont les oiseaux, et les pics et les sittelles ne sont pas les moindres.
Résultat : les abeilles sauvages sont désormais et plus que jamais les victimes de ces prédateurs, et le déclin de leur population s’accélère, sous le couvert d’une aide à la biodiversité et d’un soutien aux pollinisateurs.

Je croule, chaque année, lors de mes animations sur la protection de la faune sauvage et la promotion du jardin sauvage, sous les témoignages de personnes ayant installé des nichoirs à insectes dont elles ont découvert les loges désoperculées et vidées.
Tels qu’ils sont vendus ou tels que les plans proposés suggèrent de les construire, ces nichoirs à insectes sont donc, au contraire de leur louable vocation, de vrais pièges mortels pour les abeilles sauvages.

Heureusement, il y a des solutions, mais ne comptez pas sur les pseudo-spécialistes pour vous les suggérer. De ce côté-là, c’est un assourdissant silence radio. Sauf quelques pseudo-spécialistes qui vous affirmeront que les prédateurs n’atteindront pas les larves du fond de la loge. C’est bien mal connaître les pics, très doués, et les osmies aussi, car les œufs du fond sont exclusivement des œufs de femelles. Si les œufs des mâles sont détruits, il ne subsistera pas assez de mâles pour les féconder. Et j’ai vérifié cette affirmation. Elle est sans fondement. Quand un pic pille une loge, il la vide toujours complètement.

La solution la plus efficace, je l’ai longtemps cherchée et testée. Elle est redoutablement efficace. La pose, dès le début de la bonne saison, d’un grillage métallique à mailles de 1cmx1cm, englobant totalement la face de l’hôtel à insectes, à 10 cm au moins des loges. Car les pics ont un long bec et surtout, une très longue langue. Les abeilles sauvages s’habitueront très vite à cet obstacle très franchissable par elle mais pas par les prédateurs.

Autre solution, mais bien moins efficace : une fois les loges operculées, rentrer l’hôtel à insectes dans un abri de jardin, et le ressortir en février. Mais cela n’empêchera pas la prédation des pics avant que toutes les loges soient operculées ou dès la mise à l’extérieur en février.
Autre solution, éviter les hôtels à insectes de grande taille qui font plus joli mais sont encore plus repérables, privilégier les petits modèles et les planquer dans la végétation, le plus possible à l’abri du regard des prédateurs.

Mais il ne faut pas bouder son plaisir. Un petit hôtel à insectes sur le balcon ou sur la terrasse, cela permet d'observer, des mois durant, le manège des abeilles solitaires maçonnant leurs loges. D'autant que ces abeilles, contrairement aux abeilles domestiques, sont très paisibles, jamais agressives. Moralité : oui aux hôtels à insectes, mais à la condition indispensable de les protéger contre la prédation des oiseaux. Sinon, ce serait nuire à la survie de ces espèces et donc à la biodiversité.